A propos d’écologie et des « grèves pour le climat ».

Zad de NDDL, avril 2018

«La grève pour le climat» fait depuis quelques semaines le bonheur des médias en Belgique, en Suède, aux Pays-bas, en France … qui relaient avec bienveillance les visages souriants de cette «jeunesse éveillée» qui fait sa « grève scolaire » et manifeste. A la veille de la mobilisation française tout cela me laisse entrevoir quelque chose de gentil, lisse et pas franchement encombrant pour les gouvernements. Ici en France, ça n’a pas pris mais tout porte à croire qu’elle touchera une partie des lycéen.ne.s et jeunes étudiant.es de centre-ville ce vendredi…

Derrière ce mouvement, en Belgique, il y a diverses entités : Youth For Climate, Students For Climate, Teachers for Climate et Workers For Climate… (On a compris, c’est pour le climat). La star européenne de cette mobilisation est Greta Thunberg, (une jeune fille semblant sortir de nul part qui s’est faite remarquer par son discours lors devant la Cop24 en décembre), venue vendredi 21 février à Paris soutenir le millier de jeunes réunis elle a été reçue dans la foulée par Emmanuel Macron à l’Élysée.

En France c’est « Il est encore temps » qui s’est vite positionné en coordinateur en proposant une carte de mobilisations ici : https://ilestencoretemps.fr/youthforclimate/ Kezako ? Une sorte de collectif né au moment des « Marches pour le climat » et qui s’inscrit dans la veine du capitalisme et de « l’industrie verte », des gestes individuels, du légalisme et de la sociale-démocratie (en gros c’est dégueulasse et dangereux). On y observe également quelques drapeaux et stickers syndicaux de l’UNEF, la FIDL et l’UNL… Au milieu de tout ça: Cyril Dion, Anne Hidalgo, Vandana Shiva, Juliette Binoche, Yannick Jadot notamment.

On a pu identifier clairement ces revendications:

  • baisser la consommation énergétique
  • 100% d’énergies renouvelables produites de manière décentralisée
  • fin du nucléaire

Les délais varient, mais voilà ce qui semble faire consensus.

Sur les panneaux et dans les témoignages, de tout :

«  Les jeunes, nous sommes la première génération à faire face au changement climatique et la dernière capable d’agir »

« Nous avons déjà rencontré tous les dirigeants politiques mais à chaque fois nous sommes déçus : ils nous parlent pendant trois heures mais ne disent rien. Nous leur demandons d’écouter enfin les experts scientifiques et de mettre en place les solutions qui s’imposent »

«  Nous devons revoir nos modes de production pour que notre futur ne soit pas de survivre dans une planète que nous aurons détruite »

En ce qui concerne les « grèves pour le climat » ici à Bordeaux : les « militant.es » aguerri.e.s ont bien évidemment tout de suite passé le collier à la toute fraîche mobilisation. Leur attirail d’ONGs et d’associations cochant à toute vitesse le bingo : Communication verte et bleue/Pacifisme et non-violence/Démocratie. Qu’est-ce qui nous attend ? Une marche déposée en préfecture, un pique-nique « zéro déchets » et une assemblée générale, le cancer associatif dans toute sa splendeur.

On y jettera ce vendredi un œil et des oreilles aiguisées.

Ce mouvement c’est quitte ou double et c’est bien pour ça que les gouvernements les cajolent. Des jeunes « pacifistes et non-violent.e.s», « instruit.es » et démocrates qui manifestent avec le sourire, pancartes colorées en main et entouré.e.s de parents : on achète !

Ceci dit ça parle aussi décroissance, désobéissance civile, fin du nucléaire, critique de l’agro-alimentaire et du productivisme… Un réservoir à radicalisé.e.s dans un futur proche si la répression se fait trop forte ou les propositions politiques trop faibles. Alors très vite ça discutera anticapitalisme, activisme, blocages, zads, black bloc… La «génération 2016» en est le parfait exemple, venue à Nuit Debout agiter les mains puis cochant successivement les cases : manifs sauvages, cortège de tête, 1er mai, occupations de facs, zad, gilets jaunes. Les GJ l’ont également montré dans une formidable performance accompagnée d’une auto-formation express de 3 mois.

Ne t’inquiète pas Gouvernant.e, celles et ceux que tu surveilles, que tu fiches, que tu traques ou enfermes… ont la peau dure : on n’est pas loin.

Voici le témoignage d’un.e pote à propos de la mobilisation en Belgique.

« Youth For Climate impose un service d’ordre composé de darons qui encadrent les lycéen.ne.s, les empêche de déborder (par exemple sur un rond point), et surtout dirige la manif. 3 personnes de YfC qui décident pour des dizaines de milliers de lycéen.ne.s depuis 6 semaines sans chercher à faire des trucs avec la base, même pas un groupe fb ou les gens pourraient discuter entre eux, tout est fait depuis une page Facebook. YFC se présente comme porte-parole autoproclamés dans tous les médias. Défend un dogme du pacifisme voir du légalisme qui fait qu’après 6 semaines sans résultats ils envisagent apparemment même pas de changer de mode d’action (même pas de projet de blocage de lycées). La tendance dominante est une demande citoyenniste d’industrialisme vert adressée aux dirigeants. Outre YFC il y a Génération Climat (qui semble un peu évincé par YFC de ce que j’ai compris) mais porte un discours bien plus intéressant (critique du capitalisme et de la civilisation industrielle). La conclusion que j’en tire c’est qu’il faut vraiment se méfier de Youth For Climate, qui tente actuellement de se développer en France avec la grève 15 mars mais est une orga confuse (industrie verte), citoyenniste (plus demande aux élus qu’action directe), coercitive (service d’ordre) et anti-démocratique (après 6 semaines ils ont même pas chercher à faire une AG…). Pour l’instant j’ai l’impression que YfC a commencé à noyauter le mouvement partout… »

Aujourd’hui, j’aimerais que la lutte écologiste de terrain, radicale et totale n’ait plus besoin de faire les preuves de sa nécessité. J’aimerais que les activistes déterminé.e.s – notamment celles et ceux pour qui la question de la légalité ne se pose plus- n’aient pas sans cesse à se plier à un consensus mou permanent. J’aimerais que les adeptes de la « non-violence » nous respectent comme nous les respectons, cessent de nous embarquer dans des débats sans fin, cessent d’imposer leur dogme, cessent d’avoir peur de leur ombre. J’aimerais que chacun.e accepte que la diversité des tactiques est une richesse, une polyphonie, une hydre à 1000 têtes que nos ennemi.e.s ne peuvent abattre. Force est de constater que ce n’est pas le cas.

Face au drame, la bien pensance préfère réinventer l’eau chaude sans cesse : une image d’orang-outans ensanglantés → une pétition est là, les populations autochtones fuient la déforestation de leur habitat → boycottez Coca-Cola, le glyphosate détruit tout ce qui est vivant → soutenez une énième action juridique. Le tout tartiné par de coûteuses campagnes de communication. Cela ne fonctionne pas ? Ce n’est pas grave, continuons sur la même voie ! « S’engager » n’a jamais été aussi facile, même de chez toi tu peux être un.e rebel.le ! Installe l’appli et n’oublie pas de sortir en manif aux beaux jours pour exhiber tes mômes et ta pancarte.

Les industriels, les politiques et les financeurs se marrent, ils ont limés nos dents jusqu’à la gencive.

Un.e camarade NRV

Les échecs des mouvements sociaux précédents nous l’ont prouvés, nombres d’organisations sont dans des positions de conflits d’intérêts et se mettent à la table des négociations sans accord de celles et ceux qui agissent, qui se mettent en danger, qui sacrifient des journées de salaires et leur vie privée… Le Giletjaunage me l’a également prouvé, n’attendons pas que ces usines à gaz que sont les syndicats, les partis et les grosses associations se mettent en mouvement, elles ne font que figer le débat, nous brider et restreindre notre créativité. Ce sont les mêmes qui nous imposent des revendications molles, des services d’ordre et des dépôts en préfecture pour les manifestations, un calendrier de grève ridicule… En somme leur peur de l’échec constante qui se révèle être une prophétie auto-réalisatrice.

Un.e camarade à l’oeuvre.

Je ne peux tirer qu’une leçon, organisons-nous de manière autonome et locale. Organisons-nous avec des personnes de confiance, bossons en collectifs éphémères : aidons-nous à rester incorruptibles et sans compromis.Il faut agir concrètement, étudier son terrain, connaître les acteurs, les rouages, les brèches : je ne vais pas vous mentir, c’est long et c’est difficile. Y a moyen qu’on y passe notre vie.

A celles et ceux qui ne voient pas où iels pourraient se caser, ne savent pas par où commencer… Un mouvement social, une insurrection, une mutinerie, une révolte, une révolution, une commune… (Appelez cela comme bon vous semble) a besoin de toutes et de tous : blocages, grèves, actions, sabotage, émeutes et manifestations, occupations, talents informatiques et graphiques, médias indépendants, chimistes, réseau logistique, thunes, bouffe, équipe médicale/juridique/psy, colleuses et colleurs d’affiches, cantines, dortoirs, chansons, bricoleuses et bricoleurs, relais pour s’occuper des enfants et personnes à charge, personnes mobiles, moyens de communications sécurisés… (liste sans fin)

Il faut que chacune et chacun évalue régulièrement ce qu’iel souhaite faire, cherche les personnes ou les moyens pour y parvenir et s’y attèle. Ce taf introspectif peut être plus ou moins difficile en fonction de sa confiance en soi, de son vécu, de ses ami.e.s… mais je pense qu’il est essentiel. Il n’y a pas ici d’injonction à l’utilité. Je sais que sur ce point je me prendrai de nombreux tirs mais c’est une position que j’assume pleinement. Pour moi dans le système actuel si l’on souhaite se battre, construire son autonomie, défendre un lieu, protéger le vivant… cela ne peut pas se faire sans efforts.

Surtout, débarassons-nous des « traditions » ! De cet héritage que les « militant.es » ont chevillés à nos corps comme des boulets… Alors l’horizon se dégage.

Il me semble également urgent d’amener dans nos échanges les questions de l’incarcération, de la justice et du renseignement. Pas pour se faire peur, pour entretenir le folklore ou surjouer les risques que l’on prend mais pour lutter sérieusement. Je crois qu’atténuer au maximum ses peurs est primordial et pour ça il n’y a pas énormément de voies: démystifier et connaître son ennemi.Je suis persuadée que plus un mouvement comporte de têtes plus il est difficile à abattre, que plus un mouvement comporte de voix plus il est difficile à corrompre.

Ceci est sans arrière pensée un plaidoyer pour l’autonomie, rassure-toi il y aura toujours des conflits politiques entre les composantes, c’est un signe de bonne santé j’en suis convaincue.

Engueulons-nous tant que nous le pouvons mais surtout, faisons.


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Un commentaire sur “A propos d’écologie et des « grèves pour le climat ».

  1. Cool d’avoir un point de vue local.
    Et oui on est dans la merde et nos alliés sont nos pires ennemis, dans le social comme dans l’environnemental.
    Oui il faut s’énerver sans devenir con pour autant…

    J'aime

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