CR de procès : les antispés de Lille.

Compte rendu du procès -catastrophique- des antispécistes lillois-es le 19 Mars 2019.

En très bref, 4 personnes sont mises en cause pour :

– Dégradations légères (tags, bris de vitres) et incendies, le tout en réunion avec dissimulation du visage. Les cibles étant des magasins de fourrure, des restaurants spécialisés en produits animaux et autres boucheries. . Les faits s’étendent du 27 décembre 2018 au 26 janvier 2019. 15 commerces sont touchés. La plupart des faits sont signés ALF (Animal Liberation Front). (Si vous voulez + de précisions sur les faits y a masse d’articles dans les grands médias).

A noter que C. et M. sont les principaux-ales prévenu-es, J. est la colocataire de C., et E. est une amie des deux premiers-ères. Un comité de soutien s’est monté et a fait un appel national, le procès a donc été médiatisé sous des revendications clairement antispécistes.

Le jour J, beaucoup de journalistes sont au rendez-vous, une conférence de presse est donnée en amont de l’audience, ça filme jusque devant la salle du tribunal. Salle comble ; trois bancs réservés pour la presse, treize personnes sur les bancs de la partie civile, tout le public n’a pas pu entrer, plusieurs personnes sont restées dans le sas pour écouter à travers la porte vitrée. Audience longue et éprouvante de 6h. La présidente de séance entreprend de résumer le dossier, on comprend très vite que c’est la plaque d’immatriculation de M. qui met la police sur leur piste et les liens téléphoniques entre elle et C. (échanges fréquents, coupure de leur téléphone au même moment aux heures des délits) qui fait de ce couple les principaux mis en cause dans cette affaire. Les deux sont placé-e-s en garde à vue, de leurs déclarations en GAV ressortent deux choses :

1. Il et elle ont avoué et ont été très revendicatif-ves de leurs actions pendant la GAV; « il s’agit de visibiliser la cause animale ».

2. J. et E. n’auraient jamais été mises en cause sans les déclarations de M et C. Elles sont respectivement accusées de complicité pour avoir fourni l’itinéraire de la station essence et les contenants pour les produits inflammables, et de dégradation légère (tags) pour un seul des faits.

Les aveux des prévenu-es et leurs revendications donnent lieu à une défense très bancale durant l’audience. Après des déclarations très précises en GAV, il et elles y apportent des modifications, et s’embrouillent les un-es les autres. Par exemple, C., qui a mis en cause toutes les autres, ne se rétracte pas ou seulement pour minimiser l’implication de M. Ainsi, sur l’exemple d’une action, il déclare avoir agi seul : M., qui avait avoué sa participation en GAV, revient alors sur ses déclarations. Quant à J., elle semble totalement perdue, et a des propos inutilement incriminants : « Je ne suis pas stupide, je me doutais bien de ce qu’ils voulaient faire ». Cette « indécision » se lit également dans les plaidoyers de leurs avocat-es. Tandis que la défense de C. et M. se résume à l’affirmation (teintée de mépris de classe) qu’il et elle ne seraient « pas fait-es pour la prison » ; l’avocate de J. la présente comme la folle à chats « attachante » (et nécessairement inoffensive) du groupe.

Impossible, en assistant à cette audience, de penser que les prévenu-es avaient convenu en amont d’une défense commune. Quoi qu’il en soit, il et elles ne se sont pas même tenu-es à leur posture de GAV : les revendications assumées font place à des demi-regrets ou des réponses complètement décalées. Une avocat de la partie civile dira même qu’il s’agit d’ « une défense de petits voyous ». Le seul argument antispéciste qu’il et elles évoquent ? L’importance de « visibiliser » (ce terme sera repris des dizaines de fois). Rien ne vient justifier la sélection de ces cibles en particulier, ou, mieux, répondre à la question de fond dans ce dossier : « Y avait-il mise en danger d’autrui ? » Face à l’insistance de la juge et du procureur quant à leur lucidité sur les risques de leurs actions, les prévenu-es s’enfoncent ou balbutient des excuses. De même sur l’escalade de violence dénoncée par le tribunal.

La défense a fait venir deux témoins (un essayiste et une activiste), toustes deux spécialistes des questions antispécistes, pour porter un discours politique à l’audience, ce qui fait sens avec une telle médiatisation de ce procès. Mais là encore, gros décalage au vu des regrets exprimés par les prévenu-es : de fait, les témoins les enfoncent plus qu’autre chose. On vous passe leurs arguments tout sauf novateurs (coucou le parallèle douteux avec l’esclavagisme et le combat des suffragettes), l’essentiel c’est que l’une a mis sur le même plan le fait de signer des pétitions et de brûler des boucheries, ce que le tribunal s’est empressé d’utiliser à charge des prévenu-es ; et que l’autre n’a pas saisi les énormes perches que lui tendait l’avocat de la défense. A la question : « A votre avis, est-ce qu’une vie humaine vaut plus, moins, ou autant qu’une vie animale ? », l’essayiste répond que tout dépend des situations, et qu’en somme il s’agit de proportions : quel choix faire quand c’est « deux vies humaines contre cent vies animales » ? Cela sera également longuement repris par l’accusation…

Outre cette non-défense collective, nous sommes attristé-e-s de constater que le dossier ne comprenait pas assez de preuves et d’éléments à charge contre les accusé-e-s en dehors de leurs aveux.

En effet, les caméras de vidéo-surveillance ne servent pas à les identifier, seulement à mettre en lumière des individu-e-s masqué-e-s qui « ont l’air de silhouettes féminines » ou « ressemble à un homme » et les perquisitions n’ont pas révélé grand-chose. Excepté pour M. : sa voiture la place sur les lieux des délits et contient des gants, bombes de peinture et un marteau brise-vitre. Pour C. seule son ADN l’incrimine (retrouvée sur un pavé lancé contre une vitrine) ; les relevés téléphoniques de son portable et de celui de M., ainsi que leur utilisation des réseaux sociaux ne font qu’étayer les soupçons contre lui/elle ; et il est facilement imaginable pour un couple de trouver une justification au pourquoi du comment iels coupent leurs téléphones au même moment, la nuit. A savoir également qu’il est possible de refuser de donner son ADN en garde à vue. On note ici que E. est la seule à avoir gardé le silence en garde à vue et à être restée très succincte devant le tribunal. Contrairement à C. qui, en plus d’avoir reliée à d’autres faits E., s’est lui-même dénoncé pour d’autres dégradations qu’il a faites en solo bien en amont de la période relevée par le parquet…

Avouer en GAV quand il y a plusieurs personnes mises en cause pour les mêmes faits revient –disons le clairement – à dénoncer ses comparses (#balancetonpote) ou, du moins, à donner des détails compromettants (même s’ils sont issus d’une version édulcorée, ils peuvent permettre aux flics de mettre la pression aux autres personnes en audition).

Réquisitions du procureur : C. : 18 mois de prison, dont 8 avec sursis et 3 ans de mise à l’épreuve (plus interdiction d’entrer en contact avec J. et E.) ; M 15 mois, dont 5 avec sursis et 3 ans de mise à l’épreuve. (idem pour la restriction affinitaire), J. et E 6 mois de sursis – convertibles en TIG – pour . L’audience s’est terminée sur les regrets larmoyants des prévenu-es (là encore à l’exception de E.) qui, en jurant bien qu’iels avaient compris la leçon, ont promis de changer leurs moyens d’action en ouvrant un sanctuaire pour animaux.

Verdict : « Les deux militants antispécistes lillois, reconnus coupables de dégradations contre différents commerces, ont échappé de justesse ce lundi à la prison. Le tribunal de grande instance de Lille les a condamnés à dix-huit mois d’emprisonnement dont huit mois avec sursis pour l’un, quinze mois dont neuf avec sursis pour l’autre. Mais il leur a donné la possibilité d’aménager leur peine. Ils évitent ainsi l’incarcération. Deux autres prévenues ont été condamnées à six mois de prison avec sursis, pour complicité.* »

*https://www.liberation.fr/france/2019/04/08/lille-deux-militants-antispecistes-evitent-l-incarceration_1720112

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s